L'âge d'or

Van Horne avait trouvé avec le CPR un défi à sa mesure. La construction achevée, les déficiences initiales corrigées, la rentabilité étant en vue, il put s'atteler à la réalisation de son objectif : faire du CPR le meilleur train du monde.

D'abord, veiller à la sécurité des passagers : au-delà des aspects techniques, il veillait par exemple à ce qu'en hiver les fourgons à bagages contiennent des réserves de nourriture au cas où une avalanche bloquerait le train pendant de nombreuses heures.

Ensuite, la ponctualité. Les trains partaient à l'heure, et arrivaient à l'heure, au terme pourtant d'un voyage de plusieurs jours. Bien entendu, le CPR avait très vite abandonné la pratique de chaque ville ayant son heure, pour adopter "l'heure standard", inventée d'ailleurs par Sandford Fleming, et adoptée universellement par la Conférence de Washington de 1884. Accessoirement les horaires du CPR ont toujours utilisé la division du jour sur 24 heures, fait rare sur le continent américain où les "a. m." et "p.m." sont rois.

Enfin le confort. Même les wagons-lits de la classe colonist (ou "immigrants") étaient "bien ventilés et offraient des arrangements raisonnables pour dormir". Quant aux wagons-lits, wagons-restaurants et wagons-salons de la première classe, c'était simplement le luxe et la distinction.

Si bien que l'on vit une clientèle fortunée - souvent américaine, mais aussi européenne - découvrir au passage les paysages offerts par la traversée des montagnes. Van Horne, avec un sens commercial aigu, vit là une opportunité : "if we can't export the scenery, we'll import the tourists" (si nous ne pouvons pas exporter les paysages, nous pouvons importer les touristes). Mais ces touristes ne faisaient pas que traverser les Rocheuses, il fallait les loger et les nourrir. Le CPR construisit d'abord aux points les plus touristiques des chalets (en anglais dans le texte), modestes mais confortables. Devant le succès il fallut construire de plus grands établissements, et bientôt les grandes villes du Canada et les principales stations de tourisme se virent doter d'hôtels gigantesques, à l'architecture pompeuse

qui bien vite les fit surnommer "chateau" (toujours en anglais) : Château Frontenac à Québec, Chateau Lake Louise au Lac Louise, Springs Hotel à Banff, Empress Hotel à Victoria, Hotel Vancouver, à Vancouver bien sûr, Royal York à Toronto... La plupart de ces hôtels existent encore et sont devenus des symboles du Canada. Bien sûr, il a fallu reconstruire ceux qui ont brûlé, car plusieurs sont entièrement en bois, malgré leur taille énorme.

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Toujours à la recherche de nouveaux clients, Van Horne organisa des circuits spéciaux pour les pêcheurs et les chasseurs, et surtout pour les alpinistes. Les premiers guides furent des Indiens, mais bien vite il fallut faire appel à des guides professionnels et le CPR, dès 1899, fit venir deux guides Suisses. Bientôt rejoints par d'autres, si bien qu'un Swiss Village nommé "Edelweiss" dut être construit dans la vallée de la Columbia.

Van Horne n'avait pas oublié le vieux rêve des premiers explorateurs du Canada, trouver la voie la plus directe vers l'Orient et la Chine. C'était maintenant possible avec "son" train. En 1891 le CPR lança trois navires de 6 000 tonnes, modernes (à deux hélices), rapides et confortables. Un contrat fut signé avec le service impérial des postes : moyennant 60 000 £ par an, le CPR s'engageait à transporter du courrier de Hong Kong à Québec en moins de 684 heures. Les croisières des Empress rencontrèrent très vite le succès, spécialement celles autour du globe.

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