La Porte de l'enfer

Tout à l'ouest Onderdonk taillait la route du train dans les canyons de la Fraser et de la Thomson. Taillait est le mot : des parois pratiquement verticales jusqu'au niveau du fleuve, hautes de plusieurs centaines de mètres. Avec des noms évocateurs comme Hell's Gate (la Porte de l'enfer), Jaws of Death (les Mâchoires de la mort), Suicide Rapids, Black Canyon. La consommation de dynamite, fabriquée sur place, était effrayante. La consommation en hommes aussi : Onderdonk avait fait venir des milliers de Chinois, moins chers et plus travailleurs que les blancs. Ils payèrent un lourd tribut à la construction du chemin de fer, tués par les explosions, les chutes de rochers, noyés dans les rapides, ou victimes des épidémies, de scorbut en particulier : il n'y a bien sûr pas de statistiques, mais on pense que près d'un millier y laissèrent leur vie. Nombreux furent ceux qui ne retournèrent pas en Chine à la fin du chantier : ils furent la base de la colonie asiatique de Vancouver.

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Les hommes cependant ne pouvaient pas tout. Onderdonk fit donc construire un bateau à vapeur, à roues, de 40 mètres de long, pour transporter le matériel le long de la Fraser et de la Thomson. Mais pour apporter le bateau à pied d'oeuvre, il fallait lui faire franchir les rapides des Hell Gates, où, sur une largeur d'à peine 30 mètres, la vitesse de l'eau peut dépasser 60 km/h... Pendant des jours des pilotes professionnels tentèrent, sans succès, de passer les rapides. Alors Onderdonk se mit aux commandes, et, machine à pleine puissance, halé depuis la rive par un treuil à vapeur et 150 coolies, le bateau arriva dans les eaux plus calmes de la Fraser. Actuellement les Hell Gates sont réservées aux rafters chevronnés.

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