Le vrai départ

1880 : plus qu'un an, théoriquement, pour satisfaire l'engagement de l'union avec la Colombie-Britannique. On en était loin ! Pouvait-on continuer avec les petits bouts de lignes financés, à la petite semaine, par le gouvernement ? Macdonald savait que les Colombiens Britanniques seraient indulgents, à condition que quelque chose de définitif soit fait. Mais sans augmenter les impôts, et bien sûr sans recommencer les erreurs de 1873.

C'est alors que se présenta le syndicat conduit par George Stephen, président de la Banque de Montréal, associé à Donald Smith, son cousin, directeur de la compagnie de la Baie d'Hudson, James Hill, entrepreneur à Saint-Paul (Minnesota), Duncan McIntyre, commerçant de Montréal, John Kennedy, banquier à New York. Tous Canadiens, même s'ils avaient fait fortune de l'autre côté de la frontière. Tous ayant une expérience dans les chemins de fer - ils venaient, au terme d'aventures assez rocambolesques, de revitaliser le St Paul and Pacific

George Stephen

Railway entre St Paul et Winnipeg. Et prêts à prendre des risques, au besoin avec leur fortune personnelle, pour construire le grand chemin de fer. Ils proposaient de terminer la ligne moyennant un subside de 25 millions de dollars (environ 500 millions de dollars actuels) et l'octroi de 25 millions d'acres (10 millions d'hectares) de terres le long de la voie.

Inespéré. Encore fallait-il trouver ces 25 millions de dollars. Seule la mère patrie pouvait les accorder : Macdonald et Tupper allèrent à Londres et réussirent à convaincre le Parlement de Westminster. Le contrat fut signé en Octobre 1880 et, après un débat plus que houleux, caractéristique de la politique canadienne d'alors, le Canadian Pacific Railway Act fut adopté en février 1881. La compagnie de Stephen et de ses associés s'engageait à construire, en dix ans, une ligne de chemin de fer de la côte Est à la côte Ouest, puis à l'exploiter sans limites de temps en échange de :

- une subvention de 25 millions de dollars,

- l'octroi de 10 millions d'hectares de terres sous forme de sections de 160 hectares dans une bande de 75 km le long de la voie entre Winnipeg et les Rocheuses, la compagnie pouvant hypothéquer ces terres à concurrence de 25 millions de dollars dans l'attente de leur vente aux colons désireux de s'installer dans les territoires desservis,

- le transfert à la compagnie de toutes les lignes construites par le gouvernement, une fois terminées,

- le monopole, pendant 20 ans, de la construction de tout chemin de fer dans une zone de 25 km le long de la frontière avec les USA,

- l'exemption de toute taxe sur l'importation de tous les matériaux nécessaires ainsi que de toute taxe foncière sans limites de temps.

Macdonald avait gagné son pari. Mais à quel prix ! Un journaliste avait estimé que le cadeau du gouvernement s'élevait à un total de 261 500 000 $ (plus de 5 milliards de dollars actuels !). L'expérience montrera qu'on était encore loin du compte...

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