Un rêve impossible ?

Une folie. C'est ainsi qu'Alexander Mackenzie, le leader du parti libéral, qualifiait l'engagement de Macdonald de construire la ligne. Et son opinion était partagée par de nombreuses personnes, certaines dans le camp même de Macdonald. C'est que cela semblait bien être une folie : une nation, constituée il y a seulement quatre ans, avec à peine trois millions et demi d'habitants, au sentiment national encore bien faible, qui se proposait de construire la plus grande ligne de chemin de fer au monde ? Alors qu'il fallait traverser d'abord le bouclier précambrien, mille kilomètres de granite à faire sauter à la dynamite et cinq cents de fondrières à combler, puis des kilomètres et des kilomètres à travers les Prairies incultes, pour se retrouver au pied d'une gigantesque barrière de montagnes inexplorées - par où franchir les trois chaînes successives ? - avant d'atteindre finalement la côte du Pacifique - mais où ?

Sir John Macdonald

Il y avait effectivement bien des raisons de douter, mais c'était compter sans la volonté et l'énergie de quelques hommes exceptionnels : John Macdonald, Premier ministre depuis 1867 ; Charles Tupper, son chef de cabinet ; Sandford Fleming, ingénieur en chef de l'Intercolonial. Eux et bien d'autres surent changer un rêve en réalité.

Il fallait d'abord trouver l'argent pour cette colossale entreprise. Surtout pas aux États-Unis, il fallait que ce chemin de fer soit spécifiquement canadien.

Sandford Fleming

Pourtant, dès l'annonce de l'union et de son corollaire, la construction du transcanadien, les investisseurs américains, en particulier Jay Cooke, président de la Banque de Philadelphie, se ruèrent à Ottawa. Pour construire la ligne, mais bien sûr en connexion avec les réseaux du nord des États-Unis.

Une solution canadienne ne pouvait passer que par Sir Hugh Allan, président de la Banque de Montréal,

entrepreneur, l'homme le plus riche du Canada. Mais pas très patriote : il monta - secrètement - un syndicat financier avec Cooke et d'autres Américains. Avec la bénédiction de Macdonald et d'autres politiciens influents - achetés quand il le fallait. On n'était à l'époque pas très regardant sur la moralité des politiciens, et les élections de 1873 approchaient. Que le parti conservateur de Macdonald gagna de justesse, peut-être trahi par ceux si généreusement arrosés.

Mais l'opposition eut vent de l'accord secret avec les financiers américains, elle se procura des correspondances compromettantes, les débats au Parlement furent houleux, la presse se déchaîna, une commission d'enquête fut nommée - et le gouvernement conservateur démissionna : le Scandale du Pacifique avait eut raison du old Chief Macdonald. Le rêve du chemin de fer transcanadien était-il mort ?

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