Le rêve transcontinental

Les premiers découvreurs du Canada cherchaient un passage entre l'Occident et la Chine. On finit par reconnaître qu'il n'y avait là pas de passage maritime, mais sur un globe terrestre, c'est évident : la route la plus courte entre Londres et Hong Kong, c'est le bateau jusqu'au Saint-Laurent, puis la traversée du continent, et un autre bateau depuis la côte du Pacifique. Il suffit d'avoir un train pour traverser le continent... Ceci deviendra réalité en 1885, en attendant les Canadiens se font coiffer au poteau par les Américains.

10 mai 1869 : les équipes du Central Pacific et celles du Union Pacific se rejoignent près de Salt Lake City : les États-Unis ont leur première liaison intercontinentale par voie ferrée. Un événement d'importance capitale pour le jeune pays - un journaliste de San Francisco se laisse peut-être alors emporter par son lyrisme : "Tout Américain reconnaît maintenant que les États-Unis sont destinés à conquérir le monde entier et le reste de l'humanité. Quand la fièvre les tient, les Américains ne

savent ni quand ni où s'arrêter et avalent tout, tant qu'il y a quelque chose à avaler"...

Les Canadiens en tout cas ne s'y trompent pas. En 1867, l'année même de la création du Dominion, les Américains achetaient l'Alaska à la Russie. N'allaient-ils pas avaler toute la côte Ouest entre la Californie et l'Alaska - ne faisant au passage qu'une bouchée des deux minuscules colonies de l'Île de Vancouver et de la Colombie-Britannique ?

Ceci n'était acceptable ni pour le Parlement de Londres, ni pour le gouvernement d'Ottawa, conduit alors par le bouillant et énergique John Macdonald. On nomma un nouveau gouverneur en Colombie Britannique, avec pour mission d'expliquer aux colons les avantages qu'ils auraient à rejoindre la Confédération. Pas trop convaincus, les Colombiens Britanniques envoyèrent néanmoins - via San Francisco et les États-Unis ! - une délégation à Ottawa. Leur objectif était d'obtenir la construction d'une route à travers les Prairies et les Rocheuses, mais George Etienne Cartier, l'adjoint francophone de Macdonald, leur suggéra de demander la construction d'un chemin de fer pour les relier aux provinces de l'Est. Premier deal entre Québécois et anglophones de l'Ouest, cela deviendra une tradition dans la politique canadienne. Et ils l'obtinrent : "le gouvernement du Dominion s'engage à commencer, dans les deux ans suivant la date de l'union, la construction d'un chemin de fer [... ] pour relier la côte de la Colombie-Britannique au réseau ferré du Canada ; et de terminer ce chemin de fer dans les dix ans suivant la date de l'union". L'accord fut ratifié en janvier 1871, la Colombie-Britannique devint la sixième province, le Canada existait d'est en ouest.

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