Et le temps ?

 

On avait décimalisé les longueurs, les volumes, les masses. Mais...

le jour avait toujours vingt-quatre heures et l'heure soixante minutes, l'angle droit faisait encore quatre-vingt-dix degrés, et l'eau bouillait à quatre-vingts degrés (Réaumur) ou deux cent douze degrés (Fahrenheit). Cela faisait désordre, allait-on laisser polluer la belle ordonnance du système métrique décimal par ces mesures bizarres ?

On fit le degré centésimal et le grade

La Commission des poids et mesures décide en 1794 que "le degré thermométrique sera la centième partie de la distance entre le terme de la glace et celui de l'eau bouillante". Le degré centésimal, ou centigrade, était né. Mais presque dans la clandestinité : jamais un décret ni une loi ne sont venus rendre son usage obligatoire.

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Depuis quand le cercle est-il divisé en 360 degrés ? Depuis les Babyloniens, 18 siècles avant Jésus-Christ ? Depuis le IVe siècle avant J.-C., quand les Chinois divisaient le cercle en autant de jours (ou presque) de l'année ? De tout temps, donc, l'angle droit "faisait" 90 degrés. De 90 à 100, il n'y a pas loin, et par son décret du 1er août 1793, la Convention sautait le pas : le degré d'angle était remplacé par le grade ou degré décimal, valant 0,9 degré sexagésimal.

ainsi que l'heure et le calendrier républicain.

L'année était divisée en douze mois de 28 à 31 jours, sept jours faisaient une semaine, il y avait 24 (ou deux fois 12) heures dans une journée, 60 minutes dans une heure et 60 secondes dans une minute. Cela marchait - cela marche toujours - mais sentait terriblement la religion traditionnelle, difficilement supportable pour les partisans d'une république qui n'était peut-être pas encore laïque, mais qui ne faisait confiance qu'à son Être Suprême. Et aussi ces rapports sept, douze, soixante, faisaient un peu désordre par rapport au bel ordre décimal. Alors, pourquoi ne pas construire un calendrier entièrement nouveau, bien républicain, et évidemment, décimal ? Certes, même avec toute la force de la révolution, on ne pourrait pas toucher aux deux seuls éléments du temps reliés à des constantes astronomiques, c'est-à-dire l'année, durée de la révolution de la terre autour du soleil, et le jour, durée de la rotation de la terre autour de son axe. Mais on avait toute liberté pour déterminer les autres, point de départ de l'ère, mois, semaine, heure, minute, qui sont des éléments conventionnels, arbitrairement fixés.

Mais sans grand succès pour l'heure décimale

Courageuse, la Convention, par la voix de Prieur de la Côte d'Or, reconnaît que la décimalisation du jour et de l'heure n'apporterait "qu'une confusion infiniment gênante dans les usages les plus familiers, sans donner en compensation des avantages proportionnés". Aussi "l'usage de la division décimale du jour et de ses parties est-il suspendu indéfiniment" par la loi du 18 germinal an III. On se souviendra que cette loi est la loi constitutive du système métrique, cruelle ironie...

et guère plus pour le calendrier décimal

Le calendrier républicain, lui, a certainement été mieux accepté par la population, peut-être sensible à la poésie des noms des mois et à leur promotion par des gravures allégoriques alléchantes. Effectivement à partir de 1793, tous les documents officiels et nombre d'écrits privés seront datés suivant le nouveau système. Mais le calendrier républicain souffrait d'être... républicain. Pas très acceptable pour un Empereur : Napoléon signe le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805) le sénatus-consulte qui abroge l'usage du calendrier républicain et instaure le retour au calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806. Bien entendu, il n'était pas question de justifier cet abandon par des raisons politiques, aussi le projet de senatus-consulte avait-il été rédigé d'après un rapport de Laplace, qui, dès 1795, avait oeuvré pour réformer le calendrier républicain. Laplace voulait prendre en compte l'erreur sur les années sextiles découverte par Delambre : il fallait des franciades de cinq ans trois fois par siècle... Réforme avortée par l'insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795) - qui valut au montagnard Romme d'être condamné à la guillotine - mais qu'on fut bien content de ressortir en 1805.

Le calendrier républicain avait donc vécu quelque 12 ans, plus une résurrection de 18 jours en 1871 pendant la Commune de Paris. Depuis, il a été rangé au rayon des curiosités, au même titre que les calendriers thélémique, Bahá'í, Zoroastre, druidique, pataphysique, proleptique et bien d'autres. Un peu dommage, parce qu'après tout, nous sommes toujours en république !

métrication

genèse

construction

Convention du Mètre

Royaume-Uni

Etats-Unis

résistance

conclusion