Les poches de résistance

 

Le SI s'est imposé partout dans le monde - ou presque - mais certaines professions, certaines activités utilisent leurs propres unités

Vous allez chez le médecin qui "prend" votre "tension". Il annonce "13 - 8", tout va bien. Pourtant si vous osez jeter un coup d'oeil sur son appareil, vous lirez 130 - 80 : il s'agit bien de votre pression sanguine, en millimètres de mercure. Normalement il aurait dû vous annoncer 173 - 106, en hectopascals. Mais le "mesurage de la pression sanguine et des autres fluides corporels" bénéficie d'une dérogation très officielle par la directive européenne 85/1/CEE, qui reprend elle-même une recommandation de l'Organisation Mondiale de la Santé prolongeant l'usage des millimètres de mercure - mais pas des centimètres.

Presque à tout moment, nous sommes confrontés à de tels manquements à la pureté du SI. Quand il s'agit de notre "tension", rien de bien grave, les médecins utilisent - légalement - une unité obsolète, mais métrique. Dans bien d'autres activités, les unités anglo-saxonnes, voire les unités anciennes, sont présentes, et nous y sommes tellement habitués que nous n'y prêtons même plus attention.

Les ordinateurs

Il est de bon ton de croire que l'industrie des ordinateurs, dominée par les États-Unis, utilise les normes américaines. Pas toujours vrai. Il fut un temps où la disquette de 3 pouces 1/2 était le support obligé. Mesurez-la avec un pied à coulisse, vous trouverez exactement 90 millimètres (en fait 90 par 94 mm). Les CD et DVD, eux, ont toujours eu un diamètre de 120 mm. Mais il existe des mini CD souvent appelés disques de 3 pouces, mesurant en réalité 80 mm. Quand il s'agit du hardware, la situation est encore plus confuse : les cartes-mère et connecteurs des PC de bureau anciens sont aux normes américaines ; par exemple, l'écartement des trous dans lesquels viennent s'enficher les composants est 1/5 de pouce (5,08 mm) ; dans les nouveaux connecteurs les contacts sont espacés de 5,00 mm. On comprend pourquoi on a parfois quelques difficultés de branchement... Les cartes d'extension (PCI) des ordinateurs de bureau sont aux normes américaines, par exemple 12 pouces ; celles des ordinateurs portables (PCMCIA) ont toujours été métriques, même si la carte de 50 mm est dans la pratique nommée 2 pouces. Le même mélange d'unités existe pour les moniteurs : si la diagonale d'écran est donnée en pouce, la résolution (dot pitch) est en millimètre, par exemple 0,25 mm.

La puissance des voitures

Bien vite les gouvernements s'aperçurent que l'automobile pouvait être une intéressante source de taxes. Dès que la voiture commença à se démocratiser, il fallut moduler la base de taxation, et la puissance apparut être la base la plus juste. Mais mesurer la puissance d'un moteur à explosion n'était pas facile aux débuts de l'automobile. On développa donc des formules pour estimer la puissance des moteurs, basées sur la cylindrée - par exemple en Grande-Bretagne, on définissait simplement la puissance par hp = 0,1 L de cylindrée (déjà du métrique, en Angleterre ?). Puis on affina les formules en y introduisant l'alésage des cylindres, le taux de compression, etc. La plupart des pays ont abandonné cette notion de puissance administrative ou fiscale, mais pas la France : là la formule, sans doute établie par des polytechniciens, avait atteint un haut degré de sophistication, tenant compte du carburant utilisé, de la cylindrée et des rapports de démultiplication de la transmission. Comme à l'époque cette puissance administrative servait aussi à déterminer les primes d'assurance, il n'était pas rare de voir la version de base d'un modèle payer plus cher en taxes et assurances que la version sportive bourrée de puissance - et bien plus onéreuse et dangereuse. Depuis 1998 on a retrouvé un peu de logique, et une bonne conscience écologique : la puissance fiscale ne prend plus en compte que la puissance (en kilowatts, cette fois) et le taux d'émission de gaz carbonique. Accessoirement, depuis la suppression de la fameuse "vignette", elle ne sert plus qu'à fixer le montant de la taxe d'immatriculation.

Le transport maritime...

Quant à la profondeur, il y a bien longtemps qu'on la mesure en mètres et non plus en brasses (de 6 pieds ou 2 yards, soit 1,83 m). Passé aussi le temps où le matelot à la proue des navires du Mississippi criait Mark Twain (la deuxième marque) quand la profondeur inférieure à deux brasses menaçait la sécurité du navire ; le mot plut tant à Samuel Langhorne Clemens qu'il en fit son nom de plume. De même a-t-on oublié qu'une portée de canon équivalait à environ 3 milles, c'était au début du XIXe siècle la définition des eaux territoriales américaines. Tout le reste est métrique. Sauf la longueur des bateaux de plaisance, à voile ou à moteur : même fabriqués en Europe, la longueur de leur coque est donnée en pieds - comment, mon cher, mais vous n'avez pas un 54 pieds ? À vrai dire, on entend encore certains vieux marins pêcheurs bretons donner la longueur de leur bateau en pieds. Les plus jeunes, eux, ne savent peut-être même plus ce qu'un mille représente : le GPS (Global Positioning System) leur donne leur position, à quelques mètres près, sur des cartes métriques.

ou aérien

Alors on voit tout de suite les risques : que l'on confonde livres et kilogrammes et l'avion s'écrasera en bout de piste parce que trop chargé pour décoller, ou tombera en panne de carburant en plein vol. Et si ça pouvait arriver, c'est arrivé, au moins une fois : le 23 juillet 1983, le Boeing 767 du vol Air Canada 143 de Montréal à Edmonton croisait paisiblement à une altitude d'environ 13 000 mètres au-dessus des prairies du Manitoba quand ses deux réacteurs s'arrêtèrent : réservoirs vides. Le pilote était un adepte expérimenté du vol à voile : il réussit, au terme d'un vol plané de quinze minutes, à poser sans trop de dommage son appareil sur une piste militaire désaffectée ; la police montée canadienne, toujours efficace, avait réussi de justesse à la libérer des amateurs de go kart qui s'y entraînaient. Pas de victimes, mais de grosses frayeurs. L'enquête établira que le pilote avait bien demandé les 22 600 kg de kérosène nécessaires, mais que l'équipe au sol avait chargé 22 600 livres.

Le baril de l'industrie pétrolière...

Et dont on ne connaît pas réellement l'origine. On dit qu'en 1866 certains producteurs en Virginie de l'Ouest faisaient un geste commercial en faveur des clients qui venaient s'approvisionner en pétrole lampant directement au puits : ils ajoutaient 2 gallons gratuits à toute commande de 40 gallons. Ou que, en Ohio, leader de la production de pétrole au milieu du XIXe siècle, on le transportait dans des fûts en bois de 50 gallons sur des chariots tirés par des chevaux : à l'arrivée les fûts ne contenaient plus que 42 gallons en moyenne, à cause des fuites et de l'évaporation.

et les tailles de vêtement

Au moins y a-t-il pour les chaussures une tentative de normalisation. On n'en est pas encore là pour les vêtements. Une femme de "taille mannequin" (le rêve) commandera ses vêtements en taille 12 ou 14 aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Irlande, et au Royaume-Uni (à moins que là ils ne soient marqués 8 ou 38) ; au Canada, il lui faudra du 32, en Hollande du 34, en Iran du 38, du 40 en Allemagne, Danemark, Israël, Suisse et Yougoslavie - mais ce sera du C 40 en Suède et du NC 40 en Finlande ; du 42 N en France ; du 46+2 L en Espagne ; du 81 en Bulgarie ; du 92/99 au Japon ; et du 164/80/94 en Hongrie...

mais tout ceci n'est pas bien grave !

 

métrication

genèse

construction

temps

convention du Mètre

Royaume-Uni

Etats-Unis

conclusion