Genèse

 

Depuis que l'homme est homme, il mesure.

Les premières notions de la mesure, c'était "grand", ou "petit". Puis on a dit "plus grand" ou "plus petit" que quelque chose pris comme référence, par exemple le pied ou le pouce, ou la surface de terrain labourée pendant une journée.

Fort bien, mais la surface labourée en une journée dépend de la nature du terrain et de l'humeur du... cheval. Quant à la longueur du pied, tous ceux qui ont souffert un jour ou l'autre d'avoir acheté une paire de chaussures pas tout à fait à la bonne pointure savent bien qu'il n'y a pas qu'une seule longueur de pied ! D'où la recherche constante d'étalons universels, stables et accessibles à tous. On a fait quelques progrès depuis le pied du Roi. La longueur est maintenant définie par rapport à la vitesse de la lumière, que tout le monde (ou presque) peut facilement mesurer.

Sans le nombre, pas de mesure possible. Et qui dit nombre dit système numérique. Bien sûr le système décimal s'est imposé maintenant, mais il y en eut bien d'autres.

Par exemple le système 5-20, développé, à partir des doigts de la main et des pieds, dans les cultures Aztèque et Maya avant de se répandre dans tout le continent américain, jusque chez les Inuit - qui pourtant ne devaient pas voir souvent leurs orteils - puis en Europe occidentale, sans doute apporté par les Celtes : le mot français vingt n'est pas basé sur le mot deux (à l'encontre de l'anglais ou de l'allemand où twenty et zwanzig dérivent de two et de zwei). L'Hôpital des Quinze-Vingts a été construit par Saint Louis en 1241 pour abriter 300 anciens combattants. Et si nos voisins suisses disent logiquement octante et nonante-neuf, nous disons toujours en France quatre-vingts et quatre-vingt-dix-neuf, parce que grâce à Vercingétorix (et Astérix), la culture celtique y a mieux résisté.

Avant le système métrique, "les étalons" étaient basés sur des objets usuels, mais leur valeur était loin d'être uniforme, malgré les efforts des gouvernants de l'époque ou de certaines professions.

Le peuple en effet était la première victime de l'incohérence et de la confusion qui régnaient alors dans le domaine des unités de mesure. Par contre, ceux qui disposaient de la maîtrise de ce système, parce qu'ils se déplaçaient d'une région à l'autre, qu'ils connaissaient les écarts entre les différents poids et les différentes mesures, savaient en tirer bénéfice. Par exemple dans le commerce des grains : les grains n'étaient pas pesés - la balance demande une technologie plus poussée que la mesure du volume -, mais mesurés en setier, minot et boisseau. Déjà, les volumes de ces mesures variaient d'une région à l'autre ; ensuite, suivant les produits, il y avait 12, 16 ou 20 boisseaux par setier. Mais en plus, l'usage était d'acheter "à mesure comble", avec un cône de produit au-dessus du bord de la mesure, et de vendre à "mesure rase", le contenu de la mesure étant arasé au niveau du bord. Les férus de mécanique des fluides feront le calcul : cela varie un peu d'un grain à l'autre, mais de toute manière c'était un bénéfice de près de trente pour cent immédiatement assuré. Les mesureurs étaient bien sûr recrutés en fonction de leur capacité à créer le cône le plus important. Pourtant, cette pratique fut prohibée à Bruxelles dès 1378 ; peut-être parce qu'à Bruxelles, cité de bourgeois marchands, on était toujours à la fois vendeur et acheteur ?

Alors des intellectuels, des scientifiques, rêvaient d'un système d'unités de mesure, plus simple à utiliser mais surtout basé sur des grandeurs universelles et invariables. Parmi eux, l'abbé Mouton, vicaire à Lyon dans les années 1670.

Le bon abbé, bien conscient de la précarité et de la diversité des étalons anthropométriques ou autres utilisés alors, proposa d'adopter, comme base de mesure universelle, la longueur d'un arc d'une minute d'un "grand cercle terrestre" (un méridien) ; on commençait en effet à avoir une idée assez précise des dimensions de la terre : la méthode de mesure des grandes distances par triangulation avait été mise au point au siècle précédent par les Hollandais. Mouton baptisa cette longueur le milliare. Comme cette unité était trop grande pour un usage courant, il définit la virga, sa millième partie, pour l'unité principale. Dans la foulée Mouton proposait la decuria et la centuria, valant 10 et 100 virgæ, ainsi que ses sous-multiples décimaux, virgula, decima, centesima et millesima. Avec nos connaissances d'aujourd'hui, nous calculerions que la virga devait mesurer 1,852 m (le millième de notre mille nautique), cependant Mouton, partant d'une valeur erronée de la circonférence terrestre, voyait dans sa virga un avantage capital : elle était pratiquement égale à la valeur de la toise de Paris (1,95 m).

Les bases étaient donc jetées. Mais comment faire accepter un tel changement ? Vint la Révolution française...

métrication

construction

temps

Convention du Mètre

Royaume-Uni

Etats-Unis

résistance

conclusion