Le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth

 

Dès la Magna Carta de 1215 l'Angleterre se devait d'avoir un système de mesures uniforme

"Qu'il y ait une seule mesure pour le vin dans tout le royaume, une seule pour la bière, une seule pour le blé, et que cette mesure soit le quart de Londres. Et qu'il y ait une seule largeur pour les tissus, qu'ils soient teints, de bure ou de maille, et que cette largeur soit deux aunes entre les lisières. Et qu'il en soit pour les poids comme pour les mesures".

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Un saut de quelques siècles pour arriver en 1824, sous le règne de George IV : le Weights and Measures Act établit le fameux système impérial de Poids et Mesures. Cohérent, sinon très simple : trois unités de base, la livre "avoir du poids" (pound avoirdupois, en abrégé lb av., du florentin libbra), le yard (yd) et la seconde ; deux étalons, celui du yard, une règle de laiton à bouts en or, et celui de la livre, un cylindre de platine, déposés au secrétariat de la Chambre des Communes ; le gallon (gal), unité de volume, était défini comme le volume occupé par 10 livres d'eau distillée à la température de 62° Fahrenheit. Pourquoi "impérial" ? sans doute parce qu'il devint immédiatement légal tant au Royaume-Uni que dans tous les pays de l'Empire britannique. Et pourquoi "avoirdupois" ? parce que vers les années 1300, les marchands de Londres avaient adopté un système de poids en usage en France sous le nom de aver de peis ; et que ceci permettait de distinguer la livre avoirdupois de la pound troy (lb (troy)), ou livre de Troyes, ville célèbre pour ses foires commerciales au moyen âge. La France ne s'est pas contentée d'inventer le système métrique, elle a aussi inspiré le système britannique...

Mais il y avait un challenger : le système métrique

Nos voisins britanniques, fidèles à leur politique pragmatique et opportuniste (wait and see... ), le surveillaient du coin de l'oeil depuis 1790, quand la proposition faite par Talleyrand de coopérer à l'établissement du nouveau système avait été relayée aux Communes par Sir Riggs Miller. Un début de flirt, qui s'est poursuivi pendant cent cinquante avant de se conclure très naturellement par l'accouplement : le Weights and Measures Act de 1963 a défini le yard comme (exactement) 0,914 4 mètre et la pound comme (environ) 0,453 592 37 kilogramme. Ceux qui en Angleterre restent désespérément accrochés au système impérial ignorent, ou oublient, que leur pouce et leur livre ne sont plus que des subdivisions du mètre et du kilogrammeŠ On comprend qu'ils ne soient pas très enthousiastes à l'idée de voir la livre (sterling) devenir une subdivision de l'euro !

Le Royaume-Uni, membre de l'Union Européenne de puis 1973, décide l'adoption du SI

C'est alors la grande époque de la métrication : dans un rapport (white paper) de 1972, le gouvernement prend acte des progrès réalisés et "pense qu'il est temps de légiférer pour assurer la réalisation complète et ordonnée du processus". Entre 1970 et 1971, l'industrie des câbles électriques, l'industrie aéronautique, la fabrication du verre, sont devenues entièrement métriques. La Conférence du Commonwealth en 1973 recommande à tous ses membres d'adopter le SI. En 1974, le ministère de l'éducation restreint, au profit des unités métriques, l'usage des unités impériales dans l'enseignement ; l'année d'après, la Poste devient métrique, de même que le National Health Service. Dans les années qui suivent, c'est le tour de l'industrie agroalimentaire, des ventes de charbon, du pain. Les unités métriques sont les seules autorisées dans les examens de fin d'études. L'essence commence à se vendre au litre. Même les associations de personnes âgées ne s'opposent pas aux unités métriques. Et en 1980, on "permet" la vente du lait au litre.

Mais il y a de la résistance, surtout de la part des anti-européens

Dans les premiers mois de l'année 2000, certains journaux ont fait des gorges chaudes à propos de tel ou tel épicier ou boucher de la Grande-Bretagne profonde, refusant de vendre haricots verts ou côtelettes de mouton autrement qu'à la livre ; chaque cause engendre ses martyrs. Le plus médiatisé de ces metric martyrs fut certainement Steve Thoburn, marchand de quatre-saisons de Sunderland, dans le nord-est de l'Angleterre : après avoir - quelque peu vigoureusement - refusé de convertir ses balances pour afficher les poids en grammes et kilogrammes, il avait été finalement emprisonné, puis condamné à six mois de prison avec sursis. Et aux dépens du procès, quelque 60 000 £, couverts en grande partie par de nombreux fanatiques des mesures anciennes. Couvriront-ils les 500 000 livres dont Steve Thoburn, en vrai martyr, a besoin pour aller en appel ? Il y va, dit-il, "parce qu'il le doit aux milliers de bons Anglais qui lui demandent de continuer son combat contre la domination de Bruxelles".

L'Australie adopte le SI en 1970

Tout est parfait, alors ? Oh, il y a bien sûr encore quelques ratés, par exemple ce marchand de tapis proposant un tapis de "4 mètres par 10 pieds" ; les transactions immobilières se font toujours, c'est légal, sur la base de l'acre et du pied carré ; au cricket, le pitch est toujours long de 22 yards ; la trame des tissus est donnée en fils par pouce ; la plupart des gens, sauf les jeunes, annoncent encore leur taille en pieds et pouces et leur poids en stones ; et le poids des bébés à la naissance est toujours donné en livres - il faut bien pouvoir faire des comparaisons avec les bébés des générations précédentes ; dans les magasins de vêtements, certains vendeurs mettent un point d'honneur à employer l'ancien système de mesure des tailles ; dans beaucoup de livres de cuisine les recettes sont données en livres et onces - la cuisine australienne n'a jamais cherché une réputation internationale. Mais ne nous y trompons pas, l'Australie a parfaitement réussi sa métrication.

L'Afrique du Sud en 1973

Donc un remarquable - et méritoire - succès. Qui n'échappe pas d'ailleurs aux excès des néophytes : dans le bâtiment et les travaux publics, on n'utilise pas les centimètres, uniquement les millimètres, parce que le SI recommande les suffixes de 1000 en 1000 ; par contre on indique toujours sa taille en centimètres : la dire en mètres, centimètres, rappellerait trop les pieds, pouces ; on ne gonfle les pneus de sa voiture qu'en kilopascals ; et pour bien se démarquer des usages anglo-saxons, la virgule a remplacé le point comme séparateur des décimales.

Le Canada est métrique, mais trop proche des Etats-Unis...

Les choses alors allèrent très vite : le gouvernement mit sur pied la Metric Commission Canada, présidée par un directeur du Canadian Pacific Railway juste retraité. La commission immédiatement fixa 1980 comme date limite pour terminer la conversion. Plus de cent comités, représentant chacun une composante de la société, furent nommés pour établir des plans détaillés pour le passage au métrique. On ne lésina pas sur les moyens : à l'initiative du président de la commission, les murs se couvrirent en 1972 d'affiches représentant une jolie femme en bikini avec la légende "on ne peut résister aux filles dont les mensurations sont 91-61-91" ; bien sûr les mouvements féministes obtinrent que les affiches soient retirées. Les dentifrices furent en 1974 les premiers produits de consommation à être étiquetés en métrique. Le degré Celsius remplaça le Fahrenheit le 1er avril 1975 - on imagine les plaisanteries. En septembre 1975 la pluie se mit à tomber en millimètres et la neige en centimètres. Au 1er avril 1976 (encore un premier avril) c'était le tour des autres données météorologiques d'être exprimées en SI. Le week-end du Labor Day 1977 tous les panneaux de limitation de vitesse furent changés sur les routes canadiennes (par un système de décalcomanies - la route n° 1 est longue de 7700 km !) ; les autres panneaux routiers furent changés en quelques mois. En 1979 les pompes à essence passèrent du gallon au litre.

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Officiellement, le Canada est métrique. Dans la pratique, la métrication a dépassé le point de non-retour, mais s'est arrêtée en chemin. Elle ne pourra aller jusqu'au bout que lorsque l'éléphant américain aura lui aussi achevé sa métrication. Il faudra sans doute attendre quelque temps.

métrication

genèse

construction

temps

Convention du Mètre

Etats-Unis

résistance

conclusion