A tous les temps, à tous les peuples

 

Et si on "exportait" le système métrique ?

En fait, cette préoccupation de faire bénéficier l'ensemble du monde des beautés du nouveau système existait dès avant sa naissance. Beeckman cherchait, on l'a vu, une "mesure invariable pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux" et Burattini désirait "que tous les peuples civilisés de la Terre utilisent les mêmes mesures et poids malgré les différences de langues et habitude". Dès son discours de 1790, Talleyrand, peut-être pas sans arrière-pensées politiques, proposait d'associer le gouvernement et les savants britanniques aux travaux de détermination de "l'unité naturelle de mesures et de poids". À la même époque, on suivait avec intérêt les efforts de George Washington et de Thomas Jefferson pour réformer le système de mesures des États-Unis. Plus tard les guerres de la République mettaient en sommeil ces préoccupations, mais en 1795 le Comité d'instruction publique proposait à la nouvelle république batave de "propager hors des limites du territoire français le système des mesures uniformes et décimales". Et en 1798, on fait appel à des commissions internationales (européennes, à la vérité) pour vérifier la valeur des étalons du mètre et du kilogramme.

Tant et si bien que, même si cela doit surprendre, la France ne sera pas la première nation "métrique" : cet honneur reviendra à la Belgique et à la Hollande.

De plus en plus d'intérêt pour le système français

C'est l'époque des grandes expositions universelles : Londres en 1851, Paris en 1855 puis en 1867. Dans ces vitrines technologiques des pays qui se lancent dans la révolution industrielle, on se plaît à rêver d'un système de mesures uniformes qui faciliterait les échanges commerciaux et scientifiques. Et ce système français, avec sa cohérence, ses rapports décimaux, et ses étalons "universels", il apparaît bien comme le système du futur !

Le gouvernement français convoque une conférence internationale

Comme en 1840, le gouvernement français, alerté par le Bureau des Longitudes de Paris, saute sur l'occasion : une dépêche du 16 novembre 1869 du Ministre des Affaires Étrangères de Napoléon III enjoint aux ambassadeurs d'inviter les gouvernements à déléguer des savants qui se réuniraient à Paris, dans le cadre d'une Commission Internationale du Mètre, pour étudier comment donner au système métrique le caractère universel voulu dès sa création.

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Réunions en groupes de travail, discussions de couloir, sessions plénières, la Conférence avance, et le 20 mai 1875, les plénipotentiaires de 17 des pays représentés signent au nom de leurs Chefs d'Etat, la Convention métrique internationale, bien vite appelée Convention du Mètre. Qui n'avait pas signé ? La Grèce et les Pays-Bas, pourtant déjà métriques, peut-être inquiets des conséquences financières de la Convention ; et... la Grande-Bretagne. Mais les États-Unis ont signé avec enthousiasme ! Dès le mois de décembre de la même année, l'échange des premières ratifications nationales, au cours d'une séance solennelle au Château de Versailles, permettait l'entrée en vigueur du Traité à la date prévue du 1er janvier 1876.

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La France avait les honneurs - la présidence de la Conférence générale (CGPM) - mais aussi la charge de mettre à disposition un bâtiment décent pour abriter le Bureau (BIPM). Le prix à payer n'était pas trop lourd pour conclure près de trois-quarts de siècle d'efforts pour exporter le produit de la Révolution.

Le Bureau International des Poids et Mesures

Je me souviens que j'étais très fier quand on m'a appris, à l'école, que les étalons mondiaux du mètre et du kilogramme, en platine iridié bien sûr (je ne savais pas ce que cela voulait dire, mais je trouvais le mot très joli), étaient déposés au Pavillon de Breteuil, à Sèvres, en France. D'après ce que me disent mes petits-enfants, il semble que ceci ne soit plus enseigné maintenant ; c'est bien regrettable... Le Bureau International des Poids et Mesures, BIPM dans toutes les langues du monde, a été en effet, dès 1875, la première organisation internationale abritée par la France, et des organisations internationales, il n'y en avait pas beaucoup à l'époque !

Les prototypes internationaux

Parmi la série des étalons ainsi réalisés, le CIPM sélectionna, après de nombreuses déterminations, un exemplaire du Mètre et un exemplaire du Kilogramme ; le Comité les présenta officiellement à la 1e CGPM en 1889 qui les accepta comme prototypes internationaux. Depuis, leur nom s'écrit avec une majuscule... Ils furent alors déposés, à 9 mètres sous terre, dans un des caveaux du Pavillon de Breteuil : le Kilogramme sous une triple cloche de verre dans laquelle on a fait le vide, le Mètre dans un étui métallique. Trois clés - une de moins que pour l'armoire renfermant les mètre et kilogramme des Archives - sont nécessaires pour pénétrer dans le caveau : une est dans les mains du Président du CIPM, une autre avec le directeur du BIPM, la dernière avec le directeur des Archives de France. Pourquoi ce luxe de précautions ? Simplement parce que chaque manipulation risque de faire varier les caractéristiques des prototypes, par exemple des impuretés qui s'accrocheraient aux aspérités de la surface du Kilogramme, malgré le poli parfait, ou au contraire des particules de métal arrachées par frottement, risqueraient d'en changer la masse dans des proportions inadmissibles - quelques millièmes de milligramme. Alors, on les sort le moins souvent possible, quatre fois en cent ans, en 1899, 1911, 1939 et 1946, et on se sert de "témoins" aussi exacts et précis, mais qui ne sont pas les prototypes.

La CGPM fait évoluer le système de mesures : c'est maintenant le Système international (SI) qui est en vigueur, avec des unités répondant aux différents besoins. On attribue souvent à ces unités nouvelles des noms de savants.

Mais parmi ces 32 noms, une seule femme : notre grande Marie Curie (1867-1934). Et encore le curie fut remplacé en 1975 par le becquerel. La loi sur la parité n'était pas encore en vigueur... Consolons-nous, Antoine Henry Becquerel (1852-1908) était un physicien français, qui en 1903 a partagé le prix Nobel avec Pierre et Marie Curie. Personne non plus des civilisations arabe ou orientale. Il n'y a pas qu'une façon d'écrire l'histoire...

Mais le système a perdu la belle simplicité originale.

Les astronomes, par exemple, nous disent que Neptune est distant du soleil de 30 unités astronomiques, que notre galaxie a un diamètre de 30 000 parsecs et que la Nébuleuse Spirale d'Andromède est à 2 millions d'années-lumière. Les mêmes valeurs peuvent facilement être exprimées en unités SI, respectivement à 4,5 Tm (téramètres), 300 Em (examètres) et 21 Zm (zettamètres). Plus correct, mais certainement moins poétique. De même les océanographes mesurent les oscillations du courant El Niño en sverdrup, du nom de l'explorateur et géographe norvégien H. U. Sverdrup. Ils pourraient tout aussi bien parler en hm3/s (hectomètres cubes par seconde), ou encore plus simplement, en millions de m3/s. En physique nucléaire, quand il s'agit de mesurer les surfaces efficaces, on parle en barn, un barn étant égal à 1 fm2 (vous avez bien lu : un femtomètre carré). Les fabricants de textile expriment la grosseur de leurs fils en tex (un tex étant la grosseur d'un fil long de mille mètres pesant un gramme) mais au niveau du commerce des textiles on reste attaché au denier, valant 1/9 de tex. N'oublions pas non plus la dioptrie de nos opticiens, tout simplement l'inverse de la distance en mètres. Et pour exprimer l'énergie des explosions, on parle de tonnes de TNT : en SI pur, une tonne de TNT équivaut à environ 4 Gigajoules, ce qui ne dit rien à personne, tandis que les dégâts causés par une tonne d'explosif au trinitrotoluène...

métrication

genèse

construction

temps

Royaume-Uni

Etats-Unis

résistance

conclusion